The Artist, un film muet qui a rendu la parole à la bande image, et cela dès le commencement du film, l’incipit. Cette image d’ouverture est, en quelque sorte, un résumé de la thématique du film : un homme qui refuse de parler, et que deux hommes torturent essayant de l’y obliger. Il s’entête et finit par sombrer dans l’inconscience.
Le personnage
central, George Valentin, est une star de films muets. Il est au sommet du
« box-office » et toujours en haut de l’affiche. Il est arrogant,
suffisant, présomptueux et superbement vaniteux. Il est insolent envers son
vis-à-vis féminin. Il est bientôt rattrapé par le cinéma parlant. Il refuse de
« parler » et a une attitude dédaigneuse face à cette révolution dans
le domaine du cinéma. De son côté, Peppy Miler, une actrice débutante essaie de
se frayer un chemin dans le cinéma. Elle rencontre Valentin et se fait
photographier avec lui. Elle débute comme comparse et, petit à petit, elle se
met à grimper les échelons jusqu’au firmament.
L’arrivé du
cinéma parlant (une chance pour Peppy Miler) va l’aider à s’imposer. Elle s’y
engage corps et âme. Elle gagne des places sur le générique. Elle devient de
plus en plus connue. Au même moment, Valentin s’obstine par amour propre et
aussi par orgueil dans son refus du cinéma parlant. Il s’est mis sur pente
glissante le menant au monde sombre de l’anonymat. Pour lui, la descente aux
enfers commence. Il redevient anonyme, un « monsieur-tout-
le-monde ». On ne le reconnaît plus dans la rue.
Tout ceci, au
lieu d’être dit, est quasi complètement montré, représenté par l’image. A part
quelques cartons qui transcrivent quelques répliques, le récit est représenté,
donné à voir au lieu d’être donné à lire ou à entendre. The Artist est un récit
à regarder attentivement. Le moindre détail donne à voir une idée ou une
signification, un message ou un sens.
L’évolution des
rapports entre, d’une part, Valentin et Miler, et entre, d’autre part, Valentin
et sa femme est donnée à voir. En quatre plans, on nous fait voir cette
progression sentimentale. On tourne un film. Valentin et Miler en font
partie : le premier en tant que personnage principal ; la seconde, en
tant que comparse. On est à la vingtième scène. C’est une scène où valentin et
Miler doivent danser ensemble : à la première prise (Pa1), ils dansent
sans se regarder, indifférents comme de parfaits inconnus :
Pa1
À la deuxième,
ils se regardent et se sourient (Pa2). Valentin vient à oublier qu’il tourne
une scène :
Pa2
À la
troisième, ils se mettent à plaisanter, rire et discuter (Pa3) :
Pa3
À la quatrième,
ils sont silencieux, sérieux, graves : ils ont pris conscience de leur
attirance réciproque, de leur amour naissant (Pa4) :
Pa4
Parallèlement,
rien ne va plus entre Valentin et sa femme. Cette relation va de mal en pis. Et
cette régression dans leur sentiment, ce changement dans leur relation, cet
éloignement l’un de l’autre, nous est montré en neuf plans : un
jeu de champs et contre-champs significatif.
Au plan
Pb1 :
Pb1
Valentin
regarde dans le vague ou, plutôt intérieurement ; il se perd dans ses
pensées remarquant à peine la présence de sa femme assise de l’autre côté de la
table. Il lui jette un coup d’œil de temps en temps, subrepticement. Il est
pensif. Derrière lui, nous pouvons remarquer la présence, posés sur un meuble
mural, un bouquet de fleurs dans une sorte de vase (forme féminine symbolisant
sa femme), et une sorte de théière (forme masculine le symbolisant). Néanmoins,
les deux objets sont éloignés l’un de l’autre.
Au plan
Pb2 :
Pb2
La femme est
habillée en blanc ; elle est également pensive ; devant elle, sur la
table, nous remarquons la présence d’un vase plein de roses de couleurs
différentes ; derrière elle, sur un meuble, nous pouvons voir deux bustes
(l’un est celui d’une femme, l’autre est celui d’un homme). L’un est encore
tout près de l’autre. La femme tient encore à son mari.
Au plan
Pb3 :
Pb3
Valentin est
plus en plus pensif, absorbé, préoccupé, songeur ; il ne regarde même plus
sa femme ; le décor derrière lui n’a pas tellement changé comme s’il
gardait encore quelque sentiment envers sa femme.
Pb4
La femme a
changé de robe ; elle s’habille d’une robe noire (fait-elle le deuil de
son mariage?) ; elle est ailleurs ; devant elle le vase ne contient plus
que quelques roses blanches (garde-t-elle de l’amitié, de la tendresse
envers son mari ?) ; derrière, sur le meuble, les deux bustes se sont
éloignés l’un de l’autre ; les deux personnages se sont également éloignés
l’un de l’autre.
Au plan
Pb5 :
Pb5
Valentin a mis
une robe de chambre au dessus de son costume ; il ne regarde même plus sa
femme ; il semble sur le point de prendre une décision ; les objets
(le vase de fleurs et la théière) sont encore à leur place, mais ses pensées
sont désormais pour une autre.
Au plan Pb6
Pb6
La femme est en
robe de chambre ; elle est pensive, songeuse, absente (une remise en
question de son couple ?) ; devant elle, un petit vase avec une seule
rose blanche ; derrière elle, sur le meuble, les deux bustes se sont
éloignés encore un peu plus. Ses sentiments sont de moins en moins chaleureux
envers son mari.
Au plan
Pb7 :
Pb7
Valentin est en
costume cravate ; il fume en lisant le journal ; il n’est plus
pensif, songeur, absent ; derrière lui, il ne reste, sur le meuble, que la
théière ; il a pris sa décision : il s’est définitivement éloigné de
sa femme ; la séparation est consommée.
Au plan
Pb8 :
Pb8
Pour elle,
Valentin fait désormais partie du passé ; elle ne lui adresse plus un regard ;
elle griffonne avec un stylo sur quelque chose ; elle est habillée d’une
jolie robe : sa décision est prise ; derrière elle, il n’y a plus
qu’un seul buste, le buste féminin. Désormais, il est hors de sa vie.
Au plan
Pb9 :
Pb9
Sur ce plan, on
voit ce que la femme de Valentin est en train de griffonner. Elle a utilisé
le visage de son mari (ou ex-mari) comme lieu de griffonnage. Non
seulement elle ne l’aime plus, mais elle se moque de lui, elle le ridiculise.
Une autre
comparaison est à faire entre la carrière de Peppy Miller en constante
progression et la carrière « en chute libre » de Valentin. Ici,
aussi, en quelques plans, on nous montre l’ascension vers le haut de l’affiche
de Miller.
Quatre
génériques sont utilisés pour montrer cette montée. D’ailleurs sur l’un des
génériques, on aperçoit, en image de fond, un escalier en colimaçon symbolisant
cette ascension « vertigineuse » vers le haut (Pc1) :
Pc1
Sur le premier
générique, elle est tout en bas, une inconnue. Au fil des génériques, elle
remonte les places jusqu’au quatrième où elle se classe « premier second
rôle ». A l’arrivée, elle est le personnage principal d’un film : un
film parlant.
Les images, le
décor et les accessoires sont importants dans le film THE ARTIST. Les miroirs
sont d’une importance primordiale pour la construction du sens dans le film.
Que ce soit sous forme d’une vitre ou d’une glace, le miroir
« parle ». Il a une fonction d’anticipation (Pc1) :
Pd1
Valentin mime
le geste de se suicider. On le voit dans le miroir. Ce geste anticipe sur une
autre scène qui se passe vers la fin du film. Dans cette scène, Valentin tente
de se suicider, et cette fois il utilise un vrai revolver (Pc2) :
Pd2
En aidant
Miller à avoir un plus, à se différencier des autres actrices (le grain de
beauté qu’il pose sur le visage de l’actrice), c’est comme
s’il « torpillait » sa propre carrière, comme s’il se
suicidait.
Dans une autre
scène, le miroir, sous forme de vitre, renvoie à Valentin l’image de son passé
glorieux où tout le monde le connaissait (Pc3) :
Pd3
Valentin est
habillé d’un costume en mauvaise état. Derrière la vitre, on a suspendu un
costume « neuf » celui qu’il a vendu au propriétaire de la boutique.
Il est nostalgique et triste.
Les positions
de la caméra sont aussi utilisées pour montrer, représenter la descente en
enfer de valentin et la montée de Peppy Miller comme dans cette scène se
déroulant au milieu d’un escalier dans une société de production
cinématographique. Peppy Miller est en haut de l’escalier, Valentin est en bas
(Pe1):
Pe1
Après leur
séparation, Peppy continue son ascension. Au même moment, valentin poursuit sa
descente. La fin du film produit par lui-même et où il joue le premier rôle
connote, suggère, symbolise sa disparition, son enlisement, sa mort artistique
(Pe2) :
Pe2
Comme chacun a
pu le constater, le film est construit autour d’une dualité ou, plutôt, d’un
« duel » que se livrent Valentin et Miller, le cinéma muet et le
cinéma parlant, les jeunes et les vieux. Duel où chacun des deux
« extrêmes » essaie d’exclure l’autre : l’un OU l’autre
(Pf1) :
Pf1
Le film essaie
d’apporter une réponse, une résolution, une solution à ce « OU »
exclusif et égoïste : à la place du « OU », il avance le
coordonnant « ET » inclusif et rassembleur :
L’un des
personnages du film NOSTALGHIA d’André TARKOVSKY dit : « une goutte
plus une goutte ne fait pas deux gouttes d’eau, mais une goutte ».
Cette union est
réalisée par l’amour, la musique, la danse, l’Art.
VIENT DE PARAÎTRE SUR AMAZON : MON LIVRE SUR LE CINÉMA MAROCAIN : https://www.amazon.com/author/abdelkhaleksabah





























Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire