LE CINÉMA TUNISIEN





LE CINÉMA TUNISIEN



Les différents ouvrages, qui ont été consacrés au cinéma tunisien, l'ont étalé sur quatre périodes. Première période, c'est celle qui s'étend entre 1924 et 1970. Elle a connu la réalisation de quelques films. Albert Samama fut le pionnier de cette culture cinématographique tunisienne naissante. Il tourna plusieurs films muets dont La fille de Carthage (1924). En 1935 Abdelaziz Hassine réalisa un long métrage de fiction sonore : Tergui.
Entre 1956 et 1965, les dix premières années qui suivirent la fin    du        protectorat,     le cinéma             tunisiens          produisait un nombre remarquable de documentaires réalisés par des cinéastes tunisiens. Mais, Le premier long métrage tunisien, fut celui de Omar Khlifi L'Aube (1966).
La deuxième période s'étale entre 1970-1980. C'est la période des cinéastes issus des ciné-clubs dits amateurs, comme,  par exemple, Boughedir. C'est pendant Cette période que le cinéma tunisien a connu une rencontre remarquable et fructueuse entre les trois courants cinématographiques se trouvant dans le pays : le cinéma professionnel, les ciné-clubs et le cinéma'' amateur ".
C'est pendant cette période qu'un certain cinéma formaliste s'empara du paysage cinématographique tunisien. Ce cinéma connaît une certaine hégémonie exercée par les coopérants d'orientation formaliste. Ces derniers ont accaparé la gestion des ciné-clubs tunisiens. Par conséquent, l'impact de ces formalistes fut remarquable sur un certain nombre de réalisateurs tunisiens de tendance professionnelle comme, par exemple, F. Boughdir (La Mort trouble) et Ben Aicha (Mokhtar). L'année 1972 constitue la fin de cette période formaliste, de ce cinéma d'expression française. On commence à utiliser l'arabe dialectal tunisien. On constitua de nouveau ciné-clubs. Ces derniers se lancent dans une certaine réforme du cinéma tunisiens. Ils tentent d'ouvrir le cinéma dans la direction des autres régions tunisiennes et des autres catégories sociales, surtout les jeunes. Pour eux, le cinéma doit traiter des autres problèmes socioculturels, d'où l'émergence d'un cinéma d'obédience réaliste et néo-réaliste. Les réalisateurs appartenant à ces courants optent pour la Réforme . Néanmoins, cette Réforme canalisa ses efforts, aux dire de certains critiques, dans la direction d'un projet administratif de nationalisation du cinéma tunisien tout en gardant, en même temps, le même système de production occidental:
« Nationaliser ne doit pas signifier uniquement en finir avec la domination administrative et économique des grandes firmes cinématographiques étrangères mais aussi et surtout en finir avec leur système économique de production et leur modèle culturel de Cinema. [...] Nationaliser doit signifier produire un cinéma national et non reproduire le cinéma occidental dans une structure nationale ».[1]
Le courant réformiste a eu pour premières intentions de faire en sorte que le cinéma tunisien:
« déborde son  cas  élitaire  et  devienne  un mouvement culturel dont la mission  serait  de combattre  le  cinéma  commerçant  et  de   faire prendre conscience au public de  son  identité  socio- culturelle ».[2]
Cette école réformiste a voulu que le cinéma soit le reflet ou l'expression de tous les problèmes socioculturels de la société tunisiennes. Ils tentèrent de donner au cinéma son rôle d'éveil et d'in­ formation. Les films de cette période, des courts métrages pour la plupart, auront pour thèmes la prostitution des femmes, les problèmes sexuels, les problèmes engendrés 'par la mixité et les tabous sexuels, ... Le premier long métrage, que connut cette période, fut produit en 1977 par Ridha Béhi. Dans ce film, le cinéaste s'attaque
«avec violence et sans ambages à la sexualité, à la frustration sexuelle dans le monde arabe. Il [R. Béhi] prend le sens du véritable  réquisitoire  d'une politique tunisienne et d'une tendance politique à l'échelle du Tiers monde. Dans ce film, il combat le Tourisme qui s'accompagne d'une expropriation, d'une continuelle violence, bref par la vente de ce qui  fait la  personnalité  tunisienne »[3].
Cependant, ce n’est qu’en 1980 que ce cinéma va connaître une   certaine   pluralité   au   niveau des thèmes traités.   Cette date connaîtra, aussi, la diversification des " écoles " nationales dans le domaine du cinéma. Depuis 1980, lm école " tunisienne s'impose dans le cinéma maghrébin et africain et fait preuve, malgré la censure et l'autocensure, de dynamisme et de créativité.
La troisième période s'étale entre 1980 et 1990. Cette période se caractérise par des film qui abordent des thèmes en rapport avec l'identité arabe et africaine. Nous pouvons citer un certain nombre de film présentant la même thématique : Soleil des hyènes (1977) de Ridha Behi, L'ombre de la terre (1982) de Taïeb Louhichi, Les baliseurs du désert (1986) de Nacer Khémir, Les sabots en or (1988) de Nouri Bouzid... Cette période a connu, également, l'interdiction de deux films réalisés par deux femmes, à savoir Selma Baccar et Néjia Ben Mabrouk. Elles s'y attaquent à des thèmes comme la sexualité féminine, l'enseignement de l'éducation sexuelle à l'école, l'égalité entre hommes et femmes... C'est durant cette décennie que les cinéastes tunisiens aussi bien, d'ailleurs, que les cinéastes arabes abordèrent le sujet de l'identité, de l'appartenance arabe, de la sauvegarde de sa propre culture, de l'image de soi afin de pouvoir créer on propre futur, son propre destin.
La quatrième période s'étend de 1990 jusqu'à aujourd'hui. Les cinéastes tunisiens prennent conscience qu'il ne faut pas toujours imputer l'amertume et le tourment dans lesquels vivent l'individu à un environnement collectif:
« Tout se passe comme si on avait pris conscience que ce rabattement sur le collectif est encore une fuite, un exutoire, une excuse pour ne pas analyser le détail des situations [4]».
C'est dans ce sens, que les cinéastes tunisiens se sont détournés des grands thèmes identitaires pour s’intéresser au présent, aux problèmes en rapport avec la société tunisienne, avec le quotidien des individus.  Des sujets comme les problèmes des jeunes et des femmes, le chômage, l'exode rural, le transport... apparaissent dans les nouveaux films. Désormais,  le  cinéma colle à la réalité sociologique.
Deux tendances se sont dessinées dans la cinématographie du pays nord-africain : la première, représentée par les soi-disant populistes comme Omar Khlifi ou Ahmed Khechine, qui ont eu tendance à exploiter des formes d'expression qui satisferaient le public friand de cinéma occidental et égyptien; le second, représenté par les intellectuels Sadak Ben Aicha, Abdellatif Ben Ammar, Férid Boughedir ou Rachid Ferchion. Si le cinéma tunisien a commencé à décoller à la fin des années 1970, ce n'est qu'une décennie plus tard qu'il a vraiment pris son envol, grâce à Nouri Bouzid et ses productions Aziza et Zil al-ard. Déjà aujourd'hui, il traite de la modernité, en se concentrant sur des questions promues par le gouvernement, telles que la libération des femmes. Cependant, il semble qu'après avoir abordé cette question, elle ait stagné, comme Soni Chamki, une étudiante de cette cinématographie, le considère. Viola Shafik (2013) considère que cette prédominance et sa codification sont dues à l'idéologie moderniste post-coloniale du tiers monde, à la liberté politique limitée et aux stratégies européennes de coproduction, basées sur des politiques de différence culturelle. Depuis 2000, il y a eu quelques changements qui ont renouvelé la cinématographie tunisienne, visible dans des films comme Elle y lui, d'Elyes Baccar, et Le prince, de Mohammed Zian. Avec eux, le cinéma tunisien a connu une évolution que l'on pourrait qualifier de spectaculaire, tant du point de vue de la qualité que de la quantité, ce qui est principalement dû au changement de génération que connaît le pays. Le monde du cinéma tunisien a vu apparaître de grands cinéastes, comme Férid Boughedir, qui a été choisi comme membre de jurys internationaux, dans des festivals comme Cannes et Berlin dont les longs métrages ont marqué une nouvelle étape permettant à la Tunisie de bénéficier d'une grande projection internationale, par exemple dans la célébration annuelle du Festival de Carthage. En témoignent des films comme Halfaouine: le garçon des terrasses, Un été à la Goulette ...
C’est surtout pendant les années 90 que le cinéma tunisien connaist un certain nombre de films phares tels que : L'Homme de cendres, Halfaouine, la goulette... Ces années sont surtout marquées par l'apparition de cinéastes femmes: Selma Baccar (La danse du feu), Moufida Tlatli (Les Silences du palais).
Cette période a favorisé l'arrivée à la réalisation à des femmes comme M. Tlatli qui fut pendant un certain temps monteuse ou collaboratrice. Elle connut un grand succès avec son film Les Silences du palais (1 994).


[1] A. Bouden, "Pourquoi un cinéma amateur tunisien?", Nawadi-Cinéma, Tunis, avril 1971, p. 16.
[2] C.-M. Cluny, Dictionnaire des nouveaux cinémas arabes, Paris,  Sindbad,  coll."  La Bibliothèque arabe ", 1978, p. 388.
[3] Cinéma Arabe, "Soleil des hyènes", Paris, n. 9 juin/juillet 1978, pp. 26-28.

[4] Brahimi D., Cinémas d'Afrique francophone du Maghreb, Paris, Ed. Nathan, coll." Université", 1997, p. 10 l.


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