RÉSUMÉ, SÉQUENCE, DÉCOUPAGE






 RÉSUMÉ, SÉQUENCE, DÉCOUPAGE



Il est fondamentalement pertinent de commencer l'analyse narratologique de tout film par en faire un résumé. En effet, passer du récit au résumé de l'histoire est en mesure de permettre de faire resurgir les composantes capitales de ce récit et, en même temps, de faire jaillir les éléments importants de l'écriture. Cela a pour résultat la production d'une autre variante de l'histoire : variante dont la plus remarquable caractéristique est la brièveté ainsi que la précision.
L'élaboration d'un résumé nécessite l'utilisation à bon escient d'un certain savoir. Premièrement, il est impérativement judicieux de pouvoir différencier entre l'histoire et la narration, entre un ensemble d'événements et la manière dont ils sont rapportés par une instance déterminée. Dans un résumé, il est surtout question de prendre sur soi le fait de raconter succinctement une histoire que quelqu'un d'autre à raconter longuement et en détail. Ceci pose plusieurs pro - blêmes : en premier lieu, il est impérativement nécessaire de respecter la nature des événements alors même qu'on les résume ; en deuxième lieu, il faut trouver le " bon ton ", autrement dit utiliser les mécanismes de narration adéquats, c'est-à-dire ceux capables de donner une version résumée des événements.
Quand on dit résumé, on pense à un récit dépourvu de toute description présente, éventuellement, dans le premier récit, et de toute sorte de" commentaire " que pourrait faire un narrateur du premier récit concernant les faits, les causes et les conséquences de ces faits.
Toute réflexion concernant le concept de récit filmique appelle obligatoirement à un arrêt sur à la fois la description du film et son découpage. En effet, la description du film aussi bien que son découpage sont des articulations nécessaires d'un point de vue méthodologique. En décrivant un film nous réalisons en quelque sorte un arrêt sur image. Cet arrêt sur image même s'il prive le film de sa composante essentielle à savoir le défilement, le déroulement, le mouvement dans l'image, a pour rôle de créer une sorte de distanciation par rapport à l'objet filmique: objet de l'analyse.
Par ailleurs, la seule manière de pouvoir analyser d'une façon précise le texte filmique sans être à la merci d'une mémoire qui n'est pas toujours fiable c'est une description sinon exhaustive, du moins minutieuse (dans la mesure du possible) des plans composant le film. L'arrêt sur image équivaudrait au découpage du film en photogrammes. Ce découpage qui est une sorte de description minutieuse fut élaboré, non sans difficulté, grâce à un visionnement du film sur magnétoscope.
Ce travail corrige les défaillances d'une mémoire qui n'est pas toujours fiable et qui risque de nous enduire en erreur. Effectivement, la description et le découpage de tout film en plans comportent certains risques:
« Notamment le risque de se substituer au film et de l'effacer au profit des métadiscours et des découpages. Nous nous proposons de lire le récit filmique en fonction d'un va-et-vient entre les grandes unités d'articulations, c'est-à-dire les séquences narratives qui se confondent très rarement avec les séquences filmiques, et les unités minimales, c'est-à-dire les plans. La distinction des unités de lieu et des unités de temps nous servent de critère de délimitation des séquences narratives. Les paramètres tels que la nuit, le jour, etc.( ... ) sont des critères majeurs de définition et de démarcation séquentielle.[1]»
Nous avons pris comme unité minimale de description et de découpage le plan. En effet, la majorité des film dits narratifs-représentatifs classiques prennent comme unité de base le plan. Ces plans se combinent entre eux pour former des unités plus grandes : les séquences. Donc, le découpage peut être défini comme un travail dont la fonction est de découper le scénario (opération avant la réalisation) ou le film (opération après la réalisation) en plans et en séquences délimitées spatio-temporellement. L'unité minimale de découpage serait dans ce cas le plan. Le plan est composé d'un certain nombre de photogrammes .
D'aucuns ont estimé que le plan est l'équivalent d'un énoncé. Cependant ce concept d'énoncé s'il est aisément applicable au      récit linguistique, il l'est moins en ce qui concerne le récit cinématographique.
En effet , pour l'image filmique, un plan ne peut signifier qu'en relation avec l'ensemble des plans du film. « Tout plan contient virtuellement une pluralité d'énoncés narratifs qui se superposent, jusqu'à se recouvrir quand le contexte nous y aide »
Donc, un plan se définit par rapport aux autres plans qui le précèdent et le suivent. Alors qu'une séquence se définit et se délimite selon les critères de l'espace, du temps et de l'action. Il est également possible de délimiter une séquence en la mettant en rapport avec les au très séquences du même film. Cette délimitation nous permet de réalise une sorte d'explicitement des rapports de transition entre les différent séquences. Ce types de découpage plan par plan a le mérite de faire ressurgir les modifications au niveau de la narration, de mettre le doigt sur les différents types de transitions utilisées et sur les changements de points de vue.

La plupart des récits filmiques classiques a pour fondement soit u défi, soit un manque. Les silences du plais fonctionne sur un manque Alia n'est pas arrivée à combler le vide que laisse en elle l'absence d'identité, l'absence du père. Ce manque, Alia tentera de le combler par un retour au palais et par ses différents sauts dans le passé cherchant un souvenir ou des souvenirs pouvant l'aider à remédier à ce manque : d'où les différents flash-back. Cette recherche       justifie la nature de narration. Le film repose également sur un défi. Le défi de se libérer de l'emprise du passé qui l'enferme dans une sorte de tourbillon, dans un sorte de circularité qui ne cesse de la faire tourner en rond.
Quant à la segmentation, on la définit cinématographiquement comme une opération qui consiste à diviser le film classiquement narratif en séquences (Une séquence est formée d’un ensemble de plans qui soit d'un point de vue spatial,  temporel  ou d’action forment une unité narrative). Cette séquence pourrait avoir les caractéristiques d'un scène théâtrale.
« C’est » une première étape de l'interprétation et de l'appréciation des structures de narrativité dans les films... Ces structures sont identifiées en deux couches superposées de " narrativité ". La première de ces couches, résultant du travail conjoint de la mise en scène et de la mise en cadre, se limiterait à ce qu'il a été convenu d'appeler la monstration. Elle émanerait d'une première forme d'articulation cinématographique, l'articulation entre photogramme et photogramme, qui est la base même du procédé du cinématographe et qui permet la présentation en continu, sur la toile écranique, d'une série de cadres photographiques successifs (les photo­ grammes)[2].» (Ben Ameur).
Le découpage c'est déjà une interprétation, c'est-à-dire une mise en histoire tout à fait   subjective   dans  la       mesure   où   quand      no décrivons une image et notamment une image cinématographique nous sommes obligés de choisir parmi les composantes de cette image celles qui nous paraissent plus pertinentes pour notre analyse. De plus, il est pratiquement impossible d'épuiser une image en matière de signification. En effet, il n'est pas toujours possible de décrire exhaustivement une image. Il y a toujours un détail, un objet visuel ou sonore qui échappent soit à la perception, soit à la nomination: cet objet, ou il n'est pas perçu ou il est perçu mais n'est pas reconnu, et sans reconnaissance, il ne peut être nommé. Donc, on ne peut que produire une description plus ou moins partielle. Par ailleurs, le découpage possède ce rôle primordial et pertinent à savoir celui de mettre en évidence le « discours  »  du récit. Il y a en effet la capacité de mettre en lumière les différents « macro-structures » qui agencent le texte filmique : organisation symétrique, circulaire, asymétriques, parallèle...
Les Silences du      palais   (1994). Drame  (TUNISIE, FRANCE) Moufida Tlatli avec Amel Hedhili, Hend Sabri et Najia Ouerghi. Alia, chanteuse de festivités, ressent de l'amertume et de la lassitude de ne chanter que pour un public qui semble ne pas apprécier sa voix à sa juste valeur. A cette déception, s'ajoute l'abaissement que lui impose Lotfi qui, non content de ne pas l'épouser, l'oblige à avorter encore une fois.
Lotfi lui apprend que SIDI ALI (peut-être son père naturel), l’un des fils du Bey est mort. Elle est bouleversée. Elle revient au palais où elle a passé, avec sa mère Khadija, son enfance et son adolescence. Sa mère, qui travaillait comme domestique, n'avait jamais voulu lui révéler l'identité de son père. Elle la protège et lui intime de se méfier de tous les hommes. Mais, Alia découvre, petit à petit, sa féminité. Elle grandit dans ce palais découvrant son penchant pour la musique,  sa vocation pour le chant et son attirance pour le luth. On se rend compte vite qu'elle possède une belle voix que les Bey apprécient en l'invitant à chanter dans leurs soirées.
Elle vit dans ce palais-prison que les femmes servantes ne peuvent quitter. Ces femmes dont le seul moyen de savoir ce qui se passe à l'extérieur est la radio, ainsi que Hussein, le fils de Tante Hadda, qui leur rapporte des nouvelles de l'extérieur. Ces nouvelles concernent l'évolution de la situation socio-politique du pays et de la lutte pour l'indépendance.
Au milieu de cette réalité, Alia rencontre Lotfi, l'instituteur de Sarah et de Sélim. Lotfi vient se réfugier au palais à cause des ses agissements nationalistes. Il est caché par Hussein. Il se met à courtiser Alia. Cette dernière après des hésitations et des dérobades, se rapproche de Lotfi et de ses idées.
Sa mère, pendant ce temps-là, est, de nouveau, enceinte. Elle tente d'avorter en meurtrissant son corps et en avalant des mixtures préparées par Chérifa. Mais, elle finit par mourir la même nuit où Alia chante dans les fiançailles de Sarah. Elle transforme ce chant en un cri sous forme de l'hymne interdit exprimant ainsi son rejet du système qui emprisonne sa mère et asservit les femmes.
Elle revient, donc, à ce palais qu'elle avait quitté, il y a dix ans de cela, lors de l'indépendance de la Tunisie, pour présenter ses condoléances à la femme de SIDI ALI. Ce palais qu'elle a fui, il y a dix ans, en pleine nuit. Ce palais où elle n'y a jamais mis les pieds durant toutes ces années. En se promenant dans le palais, elle se remémore son enfance au côté de sa mère, entre les autres domestiques, en compagnie de Sarah née le même jour qu'elle, la seule de la famille du Bey qui la traitait en amie... Le palais est plein de souvenirs et de secrets. Les coins et recoins regorgent de silences qui disent long sur les mœurs des maîtres du palais, sur la vie des domestiques. Des non-dits qu'aucune parole n'arrive à combler. Dans ce palais vide, Alia essaie de répondre à la question: (( Sidi Ali (masculin d' Alia) est – il ou non son père naturel ? Tante Hadda lui fournit quelques réponses.
A la fin, Alia considère que sa vie n'a été qu'une série d'avortements et que Lotfi n'était pas l'homme providentiel qui aurait pu la sauver. Elle décide de garder son enfant et clame, ainsi, son indépendance.



[1] BEN A MEUR, L'Univers féminin cl la drôle de... , thèse de Doctorat d'Etat, puhl1éc sur internet.
[2] BEN AMEUR, op.cit.

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