Oulad
Lbahja de Hicham Aïn Alhayat
Satire
autour d'un Riad
par
Abdelkhalek Sabah
Oulad Lbahja»
téléfilm réalisé par Hicham Aïn Alhayat, avec Hicham Slaoui, Nabila Harfane, Mustapha
Tah Tah ... est une production de
la chaîne 2M.
Mais au
fait ce film est-il une satire, une ironie ou une caricature? Une satire? Apparemment,
nous sommes tentés de dire oui. Mais commençons par le commencement: qu'est-ce
qu'une satire? La satire est une production
artistique (scripturale, visuelle ou audio-visuelle) dont le but principal est
de porter un regard critique d' une manière
ironique ou railleuse sur un ou des individus , une ou des personnalités publiques,
une ou des catégories sociales ... , souvent (point très important) avec l'optique
de déclencher le changement,
d'inciter le sujet de la satire à se corriger, à s' améliorer.
Par ailleurs, la satire utilise un certain nombre de procédés, entre autres l' exagération. En effet
, l'on exploite une certaine
réalité et on se met à
l'exagérer démesurément à tel point qu' elle devient burlesque , cocasse,
ridicule ... , bref caricaturale. Effectivement, la caricature, sorte de
satire, utilise à tout bout de champ ce procédé satirique. Dans ce téléfilm , ce qui est visé, ce n'est pas un individu
ou une personnalité, encore moins une catégorie sociale, ce qui fait l'objet de la «satire», ce sont
tous les Marrakchis. Quelle image le film en donne? Ce sont des gens qui
passent leur temps à manger , à dormir, à se raconter des blagues , à chanter,
à taper dans les mains ; ce sont des gens auxquels on ne peut pas faire
confiance ou confier un travail ou une entreprise ; ce sont des gens
irrationnels, des personnes qui manquent de logique et de cohérence ; ils sont
roublards, bavards , parlant trop, souvent pour ne rien dire... bref, tous les
poncifs et les stéréotypes que l'on tente de faire passer pour une réalité,
celle des gens de Marrakech.
Les
Marrakchis sont, certes, connus par leur humour (un autre poncif?). Mais ils ne
passent pas leur temps à se raconter des blagues. Il y a un temps pour les
blagues et aussi un espace. Cet espace n'est certainement pas l' espace du
travail. Le temps n'est certainement pas celui de la douleur et des
condoléances. Le temps est celui du désœuvrement et des festivités; l 'espace
est celui du café, du lieu de la fête et des pique niques (ou Nzaha) ou encore
le temps et le lieu des vacances.
Un
autre procédé est utilisé par la satire : la parodie. C'est quoi la parodie? La
parodie, «chant sur un autre air, contre-chant, est le travestissement trivial,
plaisant et satirique d' une œuvre littéraire . La parodie se rattache au
burlesque , qui est aussi un travestissement du même genre ; mais elle en
diffère en ce qu'elle change la condition même des personnages , tandis que le
burlesque trouve une de ses principales sources de comique dans l'antithèse entre
le rang et les paroles de ses héros».
Bref,
ce procédé est définissable par le fait d'imiter les techniques et le style
d'une personne , d' une chose ou d'un lieu en vue de le ridiculiser. Sauf que
ce qui est imité ici, ce n'est pas une œuvre artistique donnée, mais un
pseudo-style de vie des Marrakchis dans une forme qui les fait paraître
ridicules. Un ridicule qui frise le ridicule, si j'ose dire.
Cependant,
je ne pense pas que ce film soit une satire.
Premièrement
, une satire suppose de la part de l'auteur satirique qu'il ait une conception
qui considère tout ce qui l'entoure comme aberrant, absurde et irrationnel;
autrement dit, un monde illogique et insensé où la vérité se trouve violée,
enfreint e, transgressée. Ne voulant pas adhérer à ce monde incohérent et au
nom d' une vérité ou d' un bon sens qu'il estime partager avec une communauté
de gens sensés et rationnels, l'auteur satirique décide de s'attaquer à cette
absurdité en recourant à un procédé aussi bien désarmant qu'efficace: la
moquerie et la dérision. En utilisant l'humour, le rire, l' ironie et en
exagérant jusqu' à la démesure les tares et imperfections de ce monde , il
tente de le dévaloriser, de le rabaisser, de le déconsidérer dans le but de
rendre clair et visible son manque de véracité et d' authenticité .
Deuxièmement,
l'auteur satirique dans sa dénonciation de ce qu'il estime faux utilise un
humour qui frôle le mépris.
Troisièmement,
il établit une sorte de distanciation et un détachement dans son «discours»
satirique.
Enfin,
l'auteur satirique a un objectif primordial celui de changer ce monde en
l'améliorant, en le rendant meilleur et en corrigeant ses défaut s. Or, l'
auteur du téléfilm semble au contraire apprécier ce qu'il voit et ce qu'il
entend: il n ' y a aucun mépris. Le rire est bon enfant. Il ne cherche pas à
vouloir changer tout ce monde vu qu'à la fin le «héros», Nizar, finit par
revenir parmi les Marrakchis et racheter, avec leur complicité, son Riad. Il y
revient car en retournant dans sa ville natale il a ressenti un vide, un manque
, une nostalgie et une différence de comportement et de mentalité. Entre la froideur et l'indifférence de ses
voisins tangérois et la complicité chaleureuse des Marrakchis, il préfère ces
derniers. En outre, il paraît que la même histoire semble vouloir se répéter
avec l'ami du «héros» du film. Vous allez me dire : «Alors où est le problème?»
Le
problème est dans le regard porté sur « Oulad Lbahja » ou plutôt sur la ville .
C'est un regard qui semble venir d'un étranger. Un regard en quelque sorte
folklorique , de carte postale, touristique . Certes, derrière ce regard il y a
une bonne intention. Mais, ce regard
manque un peu de profondeur. Les Marrakchis ne sont pas un bloc monolithique.
Marrakech est une grande métropole où plusieurs couches sociales, plusieurs
mentalités et plusieurs individualités aussi différentes les unes des autres se
mélangent, se côtoient et se séparent.
Cela
vaut pour Marrakech et également pour Tanger. Je ne crois pas que tous les
Marrakchis ni tous les Tangérois soient tels que nous les voyons dans le film.
Cependant,
ce téléfilm a le mérite d' aborder, de relancer une problématique : celle des
Riads. Un certain nombre considérable de
Riads dont la plupart pourraient être classés comme patrimoine national , a été
vendu à des étrangers (à propos ces Riads ont été rénovés et restaurés par des
artisans marrakchis. C'est peut-être un point positif : la vente des Riads a
fait renaître un certain nombre de métiers artisanaux). Une partie del ' hi
stoire de la ville, pour des raisons économiques plus ou moins pertinentes, fut
vendue, voire bradée. Le film propose également une solution dont la
faisabilité reste à calculer
:
racheter les Riads vendus.
Pour
conclure, disons que le téléfilm reste un bon divertissement , mais avec un
certain nombre de réserves.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire